Jeanne Chauvin : La femme qui a fait trembler le Barreau de Paris


Imaginez la scène : nous sommes en 1897. Une jeune femme brillante, titulaire d’un doctorat en droit, se présente devant la Cour d’appel de Paris pour prêter serment. La réponse des juges ? Un refus catégorique. La raison ? Être avocat est un « office viril ».

Cette femme, c’est Jeanne Chauvin. Si aujourd'hui les femmes sont majoritaires dans la profession d'avocat en France, c'est en grande partie grâce à sa ténacité et à son refus de se plier aux préjugés de son époque.

Un parcours d’excellence contre les vents contraires

Née en 1862, Jeanne Chauvin n'était pas seulement déterminée, elle était surdiplômée. À une époque où l'éducation des femmes était encore limitée, elle décroche deux licences et devient, en 1892, la première Française docteure en droit.

Sa thèse annonçait déjà la couleur : elle y analysait les professions accessibles aux femmes. Sa soutenance fut d'ailleurs accueillie par les sifflets d'étudiants qui voyaient d'un mauvais œil cette intrusion féminine dans leur "pré carré".

De la défaite judiciaire à la victoire législative

Face au refus des tribunaux de la laisser exercer, Jeanne Chauvin ne baisse pas les bras. Elle comprend que si la loi est floue, il faut la changer.

Pendant trois ans, elle mène un intense combat de lobbying auprès des parlementaires. Son acharnement paie : le 1er décembre 1900, une loi historique est promulguée, autorisant enfin les femmes à prêter serment que l'on nommera par la suite la Loi Chauvin

« La femme docteur en droit [...] est admise à prêter le serment d'avocat et à exercer la profession d'avocat. »

Quelques semaines plus tard, en janvier 1901, elle marque l’histoire en devenant la première femme à plaider en France. L'affaire concernait une banale histoire de contrefaçon de corsets, mais la portée symbolique était immense : la voix d'une femme résonnait enfin officiellement dans un tribunal.

Un héritage qui résonne encore

Jeanne Chauvin n'a pas seulement ouvert les portes du barreau. Elle a passé sa vie à enseigner le droit aux jeunes filles pour leur donner les outils de leur propre émancipation. Elle a lutté pour que les femmes mariées puissent disposer de leur propre salaire, posant les jalons de l'égalité civile.

Aujourd'hui, son nom orne des bibliothèques juridiques et des rues, rappelant à chaque future avocate que le droit n'est pas une question de genre, mais de compétence et de courage.

Je vous invite à lire ce livre qui lui est dédié : "Jeanne Chauvin, La plaidoirie du sang"


Ce qu'il faut retenir de Jeanne Chauvin :

  • 1892 : Première docteure en droit de France.

  • 1900 : Obtient le vote de la loi permettant aux femmes de devenir avocates.

  • 1901 : Première femme à plaider devant une juridiction française.

La prochaine fois que vous croiserez une avocate en robe, ayez une petite pensée pour Jeanne. Sans elle, le visage de la justice française ne serait pas le même.


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