Dissertation : La souveraineté comme obstacle à une Union européenne forte

Annonce du plan

I. La souveraineté nationale comme frein à l’affirmation d’une Union européenne forte

A. La souveraineté comme limite structurelle à l’intégration européenne

(Question A : en quoi la souveraineté bloque-t-elle l’approfondissement de l’UE ?)

B. La souveraineté comme instrument de résistance à une Europe plus puissante

(Question contradictoire B : comment la souveraineté est-elle utilisée pour contrer l’intégration ?)


II. Une souveraineté repensée comme levier pour renforcer l’Union européenne

A. La souveraineté partagée comme réponse aux défis contemporains

(Question A : comment une souveraineté redéfinie peut-elle renforcer l’UE ?)

B. Les tensions et contradictions liées à la redéfinition de la souveraineté

(Question contradictoire B : en quoi cette nouvelle souveraineté peut-elle aussi fragiliser l’UE ?)


Introduction

L’Union européenne s’est construite sur un paradoxe : créer une puissance collective tout en respectant la souveraineté des États membres. Depuis les traités fondateurs, l’intégration européenne repose sur un équilibre fragile entre compétences transférées à l’Union et prérogatives conservées par les États. Or, dans un monde marqué par la compétition géopolitique, les crises économiques, sanitaires et climatiques, la question de la puissance européenne devient centrale. Pourtant, chaque avancée vers une Europe plus intégrée se heurte à la résistance des États, attachés à leur souveraineté nationale.

Dès lors, la souveraineté des États constitue-t-elle un obstacle structurel à l’émergence d’une Union européenne véritablement forte ?

Pour répondre à cette problématique, il convient d’examiner d’abord en quoi la souveraineté nationale limite l’approfondissement de l’intégration européenne (I), avant de montrer que cette même souveraineté peut aussi être repensée comme un levier pour renforcer l’Union (II).


I. La souveraineté nationale : un frein structurel à la construction d’une UE forte

A. La souveraineté comme limite juridique et politique à l’intégration

Les États membres demeurent les « maîtres des traités ».

Ils décident :

  • des compétences qu’ils transfèrent,
  • des révisions des traités (qui exigent l’unanimité),
  • des politiques sensibles (fiscalité, défense, politique étrangère).

Cette exigence d’unanimité crée un droit de veto permanent, ralentissant ou bloquant :

  • l’harmonisation fiscale,
  • la politique migratoire commune,
  • la défense européenne.

La souveraineté nationale agit donc comme un verrou institutionnel.

B. La montée des souverainismes : un obstacle politique majeur

Depuis les années 2010, plusieurs États revendiquent une reprise de contrôle :

  • Brexit,
  • tensions avec la Pologne et la Hongrie sur l’État de droit,
  • réticences à mutualiser les dettes ou les ressources.

Ces mouvements affaiblissent :

  • la cohésion interne,
  • la capacité de décision,
  • la crédibilité internationale de l’Union.

La souveraineté devient alors un outil de contestation, fragilisant l’unité européenne.


II. Une souveraineté repensée : un levier potentiel pour une UE plus forte

A. La souveraineté partagée : une réponse aux défis contemporains

L’intégration européenne repose sur une idée simple :

les États gagnent en puissance ce qu’ils acceptent de partager.

Exemples :

  • L’euro renforce la stabilité économique.
  • Schengen facilite la mobilité.
  • Le marché unique augmente la compétitivité.
  • La politique commerciale commune donne à l’UE un poids mondial.

La souveraineté n’est plus perdue : elle est mise en commun pour être plus efficace.

B. Vers une souveraineté européenne complémentaire de la souveraineté nationale

Face aux défis globaux (climat, numérique, défense, migrations), aucun État européen n’a la masse critique nécessaire.

D’où l’émergence de notions comme :

  • souveraineté européenne (Emmanuel Macron),
  • autonomie stratégique,
  • Europe puissance.

L’idée n’est pas de supprimer la souveraineté nationale, mais de la reconfigurer :

  • une souveraineté nationale pour les choix identitaires et démocratiques,
  • une souveraineté européenne pour les enjeux globaux.

Ainsi, la souveraineté peut devenir un instrument de renforcement, et non un obstacle.

Conclusion

La souveraineté nationale constitue indéniablement un frein à l’approfondissement de l’intégration européenne, en limitant la capacité de décision et en alimentant les tensions politiques internes. Toutefois, elle peut aussi devenir un levier si elle est pensée non comme un repli, mais comme une ressource à mutualiser pour affronter les défis mondiaux.

L’Union européenne ne pourra devenir forte que si les États acceptent de dépasser une conception défensive de la souveraineté pour construire une souveraineté européenne complémentaire.

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