De Montesquieu à Duguit : Pourquoi Bordeaux est-elle la Capitale de la Pensée Juridique ?
Si Bordeaux est mondialement connue pour ses vignobles, elle est aussi, depuis des siècles, le berceau d'une pensée juridique qui a façonné les démocraties modernes. Des couloirs de l'ancien Parlement de l'Ombrière aux amphithéâtres de la place Pey-Berland, la "Belle Endormie" a vu naître des concepts aussi fondamentaux que la séparation des pouvoirs ou la notion de service public.
Plongeons dans l'histoire de ces juristes qui, de la Renaissance à nos jours, ont fait de Bordeaux un phare du droit.
1. L’Humanisme en héritage : Montaigne et La Boétie
Tout commence au XVIe siècle. Bordeaux est alors une plaque tournante du commerce et de la justice avec son Parlement. Deux amis vont y poser les bases de la liberté de conscience.
Étienne de La Boétie, jeune conseiller au Parlement, écrit le Discours de la servitude volontaire. Il y pose une question révolutionnaire : pourquoi obéissons-nous ?
Michel de Montaigne, qui fut également magistrat et maire de Bordeaux, apporte une vision humaniste du droit. Dans ses Essais, il invite à douter de la rigueur froide des lois pour privilégier l'équité et l'humain.
2. Le Géant des Lumières : Montesquieu
On ne peut parcourir les rues de Bordeaux sans croiser l'ombre de Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu. Président à mortier au Parlement de Bordeaux, il publie en 1748 "De l'esprit des lois". C'est ici que naît la théorie de la séparation des pouvoirs.
« Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »
Sans ce Bordelais visionnaire, nos constitutions actuelles n'auraient pas le même visage. Il a transformé le droit d'un outil de contrainte en un instrument de liberté.
3. L’École de Bordeaux : La révolution Duguit
Au tournant du XXe siècle, Bordeaux devient le centre mondial du droit public grâce à Léon Duguit. Doyen de la faculté, il fonde ce qu'on appelle l'École de Bordeaux. Son coup de génie ? Affirmer que l'État n'est pas un "maître" souverain, mais un serviteur. Pour Duguit, la base du droit n'est plus la puissance, mais le Service Public. Si l'État ne rend pas service aux citoyens (éducation, santé, justice), il perd sa légitimité.
4. Un carrefour de la Justice contemporaine
L'influence juridique de Bordeaux ne s'arrête pas aux livres d'histoire. La ville abrite aujourd'hui l'École Nationale de la Magistrature (ENM), unique école de formation des juges en France, renforçant son statut de capitale du droit. De grandes figures comme Robert Badinter ou Simone Veil y ont laissé leur empreinte, rappelant que le droit est avant tout un combat pour les libertés individuelles et la dignité.
Conclusion : Un esprit de résistance et d'innovation
L'école juridique bordelaise se distingue par son pragmatisme et son refus de l'absolutisme. Qu'il s'agisse de limiter le pouvoir des rois ou de définir les devoirs de l'État moderne, Bordeaux a toujours su placer l'individu au centre de la règle de droit.
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