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Affichage des articles du janvier, 2026

Le Syllogisme Judiciaire : L'art de raisonner comme un juriste

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  Si vous avez déjà ouvert un recueil d'arrêts de la Cour de cassation ou assisté à un cours d'introduction au droit, vous avez forcément croisé ce terme barbare : le syllogisme judiciaire . Derrière ce nom complexe se cache en réalité un outil d’une simplicité redoutable. C'est la « calculette » du juge, le squelette de toute décision de justice. Sans lui, le droit ne serait qu'une suite de décisions arbitraires. Plongeons dans les coulisses du raisonnement juridique. 1. Qu'est-ce que le syllogisme judiciaire ? Inspiré de la philosophie grecque (et particulièrement d'Aristote), le syllogisme est un mécanisme de logique déductive . Le principe est simple : si deux propositions sont vraies, alors une troisième s'en déduit nécessairement. En droit, on l'appelle « judiciaire » car il permet d'appliquer une règle abstraite (la loi) à une situation concrète (le litige) pour aboutir à une solution. 2. La structure en « trois coups » Pour construire un syll...

Commentaire d'arrêt : Méthode et analyse

Décortiquer un commentaire d'arrêt est un exercice de précision qui demande de passer de la simple lecture à une analyse juridique critique. L'objectif n'est pas de résumer l'histoire, mais de comprendre pourquoi le juge a tranché ainsi et quelle est la portée de sa décision. Voici le méthode qui m'a été enseigné en Capacité de droit 1. La lecture active (Le balisage) Avant de rédiger, vous devez identifier les éléments clés du "syllogisme judiciaire". Munissez-vous de surligneurs et repérez : Les faits : Qui poursuit qui ? Pourquoi ? Éliminez les détails inutiles pour ne garder que les faits "qualifiés juridiquement" (ex: ne dites pas "le camion rouge", mais "le véhicule terrestre à moteur"). La procédure : Qui a gagné en première instance ? Qui a fait appel ? Qui se pourvoit en cassation ? Les thèses en présence : Que reproche l'auteur du pourvoi à l'arrêt d'appel ? (C’est souvent ici que se cache l'argu...

De Montesquieu à Duguit : Pourquoi Bordeaux est-elle la Capitale de la Pensée Juridique ?

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  Pôle juridique et judiciaire de Pey-Berland © Arthur Pequin Si Bordeaux est mondialement connue pour ses vignobles, elle est aussi, depuis des siècles, le berceau d'une pensée juridique qui a façonné les démocraties modernes. Des couloirs de l'ancien Parlement de l'Ombrière aux amphithéâtres de la place Pey-Berland, la "Belle Endormie" a vu naître des concepts aussi fondamentaux que la séparation des pouvoirs ou la notion de service public. Plongeons dans l'histoire de ces juristes qui, de la Renaissance à nos jours, ont fait de Bordeaux un phare du droit. 1. L’Humanisme en héritage : Montaigne et La Boétie Tout commence au XVIe siècle. Bordeaux est alors une plaque tournante du commerce et de la justice avec son Parlement. Deux amis vont y poser les bases de la liberté de conscience. Étienne de La Boétie , jeune conseiller au Parlement, écrit le Discours de la servitude volontaire . Il y pose une question révolutionnaire : pourquoi obéissons-nous ? Michel d...

L'Art de la Parole : Aux origines du Plaidoyer et du Chauvinisme

Dans le monde du droit et des idées, les mots sont des armes. Mais saviez-vous que derrière les termes que nous utilisons quotidiennement se cachent des héros légendaires et des siècles d'évolution linguistique ? Aujourd'hui, plongeons dans les racines de deux mots qui ont marqué l'histoire de la justice et de l'identité française. 1. Le Plaidoyer : Quand la parole devient justice Si vous entrez dans un tribunal, vous entendrez une plaidoirie . Si vous lisez un essai engagé, vous lirez un plaidoyer . Mais d'où vient cette distinction ? Tout commence avec le latin placitum . À l'origine, ce mot désignait simplement « ce qui plaît » ou une « opinion ». Avec le temps, il a évolué pour désigner une assemblée de justice (le « plaid »). Le mot plaidoyer est en réalité un ancien verbe transformé en nom. Au Moyen Âge, « plaidoier » signifiait argumenter devant un juge. Ce qui est fascinant, c’est que le mot a conservé sa force : il ne s'agit pas seulement de parler...

Jeanne Chauvin : La femme qui a fait trembler le Barreau de Paris

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Imaginez la scène : nous sommes en 1897. Une jeune femme brillante, titulaire d’un doctorat en droit, se présente devant la Cour d’appel de Paris pour prêter serment. La réponse des juges ? Un refus catégorique. La raison ? Être avocat est un « office viril ». Cette femme, c’est Jeanne Chauvin . Si aujourd'hui les femmes sont majoritaires dans la profession d'avocat en France, c'est en grande partie grâce à sa ténacité et à son refus de se plier aux préjugés de son époque. Un parcours d’excellence contre les vents contraires Née en 1862, Jeanne Chauvin n'était pas seulement déterminée, elle était surdiplômée. À une époque où l'éducation des femmes était encore limitée, elle décroche deux licences et devient, en 1892, la première Française docteure en droit . Sa thèse annonçait déjà la couleur : elle y analysait les professions accessibles aux femmes. Sa soutenance fut d'ailleurs accueillie par les sifflets d'étudiants qui voyaient d'un mauvais œil cette ...